Dialogue avec ma "carcasse"

   Après une grosse journée d'ouvrage, j'étais fourbu. J'avais mal dans les jambes de m'être tenu debout, mal à l'estomac d'avoir dîné trop vite, mal à la tête d'avoir été sur les nerfs et mal à l'ongle que je m'étais cassé en sortant trop vite de la voiture. J'en avais assez. Et je décidai de me vider le coeur, de dire à ma "carcasse" tout ce que je lui reprochais.

- Encore toi qui me fais souffrir? Franchement, tu ne sers qu'à ça ces temps-ci!

- Et toi alors, tu es le premier coupable! Tu essaies en 12 heures de faire 3 jours d'ouvrage. Tu cours, tu m'épuises et quand j'ai besoin de force, tu manges ou plutôt tu engouffres un hamburger et des frites suintant de graisse. Et ensuite tu viens te plaindre.

- Mais, après tout tu es là pour ça. Tu es à mon service. Tu es mon moyen de transport le moins cher, ma caméra à circuit intégré, mon ordinateur portatif, mon robot à moteur, ma machine qui...

- Ta machine? Je suis bien plus que cela.

- Oui? Tu es quoi alors?

- Je suis toi.

- Quelle prétention !

- C'est toi qui es prétentieux, tu refuses les limites de tes capacités. Tu joues au surhomme. Il n'y a pas de honte pourtant à se sentir fatigué, à se reposer.

- Mais tu n'avais qu'à le dire si tu étais fatiguée.

- Je te l'ai dit, je te l'ai crié par tous les pores de ta peau.

- Je n'ai rien entendu.

- Ça ne m'étonne pas, depuis des années tu ne m'écoutes plus. Tu es coupé de moi. Nous vivons en étrangers. Nous faisons chambre à part. Tu te rappelles lorsque tu étais enfant comme on était ami tous les deux. Tu étais attentif à tout ce qui se passait en toi, tu prenais le temps de humer l'odeur du foin frais coupé, tu t'arrêtais pour sentir le vent sur ta peau et goûter les parfums qu'il t'apportait de la forêt. Tu accueillais les émotions qui naissaient dans tes tripes et t'envahissaient. Mais maintenant, tu m'as oublié et tu n'es plus qu'une machine efficace mais déraisonnable. Tu passes à côté de la moitié de ta vie, la moitié que seul moi je peux t'offrir.

- Il faut bien vivre !

- Dis plutôt : "Il faut vivre bien".