Derrière les barreaux...


Quand j'étais petit, on me couchait dans un lit entouré d'une clôture protectrice.  Ma grande soeur berçait ses illusions tout près de moi et me trouvait bien à plaindre d'être ainsi derrière les barreaux. Pourtant je me sentais comblé d'être bien couché, de pouvoir m'amuser tant que je le voulais avec mes toutous, les clochettes suspendues au-dessus de moi, et je gazouillais comme un heureux pinson. Je pense que je devinais même les tracas de ma grande soeur qui vivait une peine d'amour, semblait déprimée et par surcroît se tracassait à mon sujet en me regardant sans cesse à travers les barreaux.

A vrai dire, je me demande qui était vraiment derrière des barreaux. Question de perspective je pense bien: je me sentais libre dans ma prison alors qu'elle était prisonnière de ses tracas, ses inquiétudes et désirs non comblés. Pourtant moi aussi je désirais grandir et m'épanouir. Mais plus tard j'ai compris que "on est vraiment libre tant qu'on désire, mais on devient esclave quand on possède". J'ai même compris qu'il valait mieux se taire et passer pour un idiot que de parler et d'en fournir la preuve.

Il fut un temps où l'Église était toute puissante, influençait les politiciens, tenait ses fidèles sous son joug et remplissait ses temples dorés. Elle était pourtant liée derrière les barreaux de son triomphalisme. Heureusement cette époque est révolue et nous vivons une période de libération féconde dans l'humilité et le retour au "levain dans la pâte" dont parle le Christ.

Pourtant certains pleurent encore le passé et le triomphalisme tend à renaître de ses cendres, à en juger par ce titre dans l'Osservatore Romano: "Laissons l'Église resplendir en toute splendeur." Je préfère le mot de Congar: "Pour une Église servante et pauvre." C'est le choix entre deux sortes de barreaux, et... je préfère ceux de la liberté de l'enfant:
"Celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu
 à la manière d'un enfant n'y entrera pas."    Mc 10, 15
   Vers la liberté...