Pratiquant de messe

         Au cours des siècles, le repas du Seigneur a été noyé dans les fastes de cérémonies. Il fut banquet où seul le prêtre communiait. L'eucharistie connut l'exaltation de son efficacité: "Pendant la messe, on ne vieillit pas, on ne tombe pas malade et les peines du purgatoire des parents sont suspendues - Après la messe, ce qu'on mange profite davantage". Avant cela, la messe fut même monnaie d'échange pour des peines encourues. Au tarif d'une certaine époque, 20 messes valaient 7 mois de jeûne... Et pour éviter le moindre retard, on ordonna à tour de bras des diseurs de messes à qui on accordait des facilités de célébration. "Vers l'an mille, un règlement anglais interdit aux prêtres de dire plus de 30 messes par jour". Les dévotions firent encore bien d'autres ravages, malgré les avertissements, les mises en garde et les réformes conciliaires.

         Nous n'en sommes plus à la période de la dévaluation et des abus. Bien au contraire. Mais on n'a jamais fini de découvrir la richesse et les exigences de l'eucharistie... 

        Elle est présence du Christ, mais une présence unique qui se manifeste de bien des manières. Une présence qui nous invite "à mobiliser nos forces pour faire advenir en nous-mêmes, dans les autres et dans tout l'univers, le monde nouveau dont le Christ est le Seigneur". La communion à la Parole conduit à la communion au Corps et au Sang du Christ... Mais la communion est indigne quand on refuse dans sa vie quotidienne la communion avec Dieu et ses frères. "Le Pain partagé nous convertit en hommes de partage. On ne peut pas être uni au Christ et se tenir à distance des hommes qui ont faim et soif, qui sont étrangers, emprisonnés, malades".

         L'eucharistie nous envoie en mission. Et c'est dans l'engagement quotidien que se vérifie la pratique eucharistique. Il ne suffit pas "d'aller à la messe" pour être pratiquant.

                          Fabien Deleclos - Prends et mange.