Vivre la tradition
"L'homme n'a pas le courage 
 de prendre l'entière responsabilité du lendemain...
 Toute son imagination ne sert qu'à freiner.
 Toute son ingéniosité n'empêchera pas les freins de sauter."
                                                  Paul-Émile Borduas - Refus global

Le 4 décembre 2001 paraissait un volume qui a fait sursauter plusieurs catholiques et réjoui certains intégristes. La traduction française du volume: "L'esprit de la liturgie",  écrit en allemand en l'an 2000  par le cardinal Joseph Ratzinger, nous communique des visées rétrogrades du pontife romain qui ne souhaite rien de moins que le retour à la messe silencieuse du pape Pie V.

Pour lui, la messe doit revenir à la mode du prêtre placé dos au peuple, car à son avis la messe est devenue un "one man show" dirigée par le célébrant; à son dire, le prêtre faisant face aux fidèles forme avec eux un "cercle fermé et coupé de Dieu" qui se trouve pourtant partout!  Et j'imagine difficilement Jésus à table avec ses disciples et partageant leur repas en leur tournant le dos. 
Pour le cardinal, nos chants rythmés sont sensuels (sic) et nos églises doivent être orientées vers l'orient, le pays de Jésus. Pourtant, l'axe de la basilique Saint-Pierre-de-Rome est orientée vers l'ouest; et si les chrétiens du Japon suivaient cette règle, ils orienteraient leurs églises directement vers les États-Unis!

S'il est vrai cependant que nos liturgies doivent retrouver le sens du sacré, je ne crois pas que le volume de Ratzinger puisse nous aider beaucoup en ce sens. Sans partager l'opinion d'un fantaisiste qui disait qu'"il faut aimer les traditions au point de les faire sauter", je crois qu'il serait plus juste d'affirmer:

  "La tradition, dans les grandes choses 
n'est pas de refaire ce que les autres ont fait, 
mais de découvrir et conserver
l'esprit qui les animait alors 

et qui en ferait de toutes autres
en d'autres temps."

Et voilà pour notre liturgie, n'en déplaise au révérend cardinal Ratzinger devenu depuis le pape Benoît XVI et qui, espérons-le, la voit d'un nouvel oeil !