Procès étrange
Procureur :
                  Accusé, veuillez vous identifier devant la cour.
Accusé :
                  Mon nom est Malcus, soldat légionnaire romain, de la 4e cohorte chargée de la sécurité du procurateur Pilate venu à Jérusalem pour assurer l'ordre pendant la fête de la Pâque juive.
Procureur :
                    Quel motif vous amène au banc des accusés ?
Accusé :
                C'est une drôle d'histoire. J'avais reçu l'ordre de garder le tombeau d'un condamné à mort, Jésus de Nazareth, parce que selon une rumeur, cet imposteur avait dit: "Trois jours après ma mort, je ressusciterai". Le procurateur craignait que de ses disciples viennent enlever son corps. En fait, mes compagnons et moi avons quitté notre poste de garde lorsque l'imposteur est vraiment sorti de son tombeau.
Procureur :
                    Quoi ?  Expliquez-vous ! Ce que vous dites n'a pas de sens !
Accusé :
               Je le sais bien et pourtant c'est ce qui est arrivé. J'ai vu la pierre du tombeau rouler sur elle-même et libérer l'entrée du caveau; j'ai senti une brise légère nous inonder pendant qu'une lumière fulgurante irradiait dans la nuit; j'ai entendu des chants mystérieux venant des nuées, et croyez-moi, j'ai une bonne oreille depuis que l'imposteur l'a guérie.
Procureur :
                   Soldat Malcus, c'est quoi cette histoire d'oreille guérie ?
Accusé :
                  On m'avait chargé d'aller arrêter ce Jésus à Gethsémani il y a trois jours. Un gars de sa bande m'avait coupé l'oreille droite, mais lui me l'avait guérie. Depuis ce temps j'ai l'oreille fine, comme on dit.
Procureur:
                      Bon, revenons-en au soir où vous avez abandonné votre poste.
Accusé :
                  En plus de la brise, de la lumière et des chants, j'ai surtout senti une présence indicible qui me pénétrait et me transportait hors de moi-même. J'ai même rencontré des femmes qui l'auraient vu bien vivant.
Défense :
                       Procureur, vous voyez bien que ce Malcus a l'esprit dérangé.
Procureur :
                    En effet, il ne semble pas en possession de tous ses moyens. Je recommande à la cour qu'on le paie pour qu'il se taise.
Juge :
                   Soldat Malcus, voici la sentence: Vous garderez silence sur toute cette affaire et si on vous questionne, vous direz: "Ce sont ses disciples qui sont venus de nuit et qui l'ont dérobé pendant que nous dormions." C'est un ordre ! En dédommagement vous recevrez cinquante sesterces. La cause est entendue !

    Le soldat Malcus est reparti du tribunal libre comme l'air, acquitté de cette aventure étrange.
 
       Mais il avait la même conviction que son officier le centurion qui avait dirigé l'exécution de Jésus le nazaréen:

   "Vraiment
  cet homme est 

                   fils de Dieu" !