Mémoire d'un âne

On parle beaucoup des fameux mages qui sont venus de l'Orient pour rencontrer Jésus à Bethléem et ce qui nous frappe autant que leurs cadeaux: l'or, l'encens et la myrrhe, ce sont les fameux chameaux, ces bêtes étranges qui les ont transportés. On voit également souvent sur les images religieuses les brebis que des bergers ont offertes à la crèche. Je ne doute pas un instant que Joseph et Marie furent ravis de s'en faire un ragoût de mouton. Mais je trouve que trop souvent on m'oublie, moi l'âne de l'étable. On se limite à dire que j'étais là pour réchauffer Jésus, ce qui n'est pas très véridique car le boeuf soufflait beaucoup plus fort que moi!

Mais je me souviens... Je me souviens très bien de la véritable charge qu'on m'a confiée à l'époque. Lorsque le roi Hérode succomba à sa folie des grandeurs et fit massacrer les enfants de la petite ville, c'est à moi, l'âne, que fut confiée la mission d'aller porter Jésus, le Verbe incarné, la Parole de Dieu aux extrémités du monde dans la profonde Égypte. C'est moi qui en réalité fut le premier porteur de Dieu, le premier missionnaire des pays lointains, bien avant les Oblats, les Pères blancs, les Soeurs des Missions africaines et tous les autres. Et ce fut encore moi qui ramena à Nazareth la famille de Jésus.

Comme "ânerie", ce ne fut pas si mal, vous en conviendrez!

Je vous invite donc à faire comme moi...

Être des porteurs de Dieu et de sa Bonne Nouvelle de joie et d'espérance, n'est-ce pas ce dont tous les successeurs d'Hérode ont besoin en cette fin de siècle où tous et chacun cherchent de vraies valeurs.

Hi-han! hi-han! hi-han!